Yokai Gakkou

La toute première école japonaise prévue uniquement pour les yokais
 
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 Hâti Jiro, Ronin fils d'Inugami. (Terminée, bon courage à ceux qui la liront!)

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Hâti Jirō



Messages : 33
Date d'inscription : 01/06/2013

MessageSujet: Hâti Jiro, Ronin fils d'Inugami. (Terminée, bon courage à ceux qui la liront!)    Mar 11 Juin - 12:52

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Hajimemashite, watashi wa...
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Nom : Hâti

Prénom : Jiro

Date de Naissance : 02 Octobre ?...

Âge : ~ 24 ans.

Sexe : Masculin.

Orientation sexuelle : Jusque là, hétéro.


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Identité
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Description physique : Prit d'un sursaut, Hâti vira sa vieille couverture de laine grossière. Ses muscles fins contractés par l'une de ses angoisses nocturnes luisaient sous les premiers rayons solaires. Quelques gouttes de sueur froide coulaient le long de ses joues légèrement creusées. Brusquement, il en essuya une qui tombait le long de son nez droit, pinça les deux fentes étroites dessinant ses narines qui ne se dilataient que rarement, lorsqu'il prenait de profondes inspirations et gratta du bout de ses ongles longs pour un homme sa mâchoire pointue. Ses lèvres pâles s'ouvrirent en laissant apercevoir une dentition étrangement droite malgré deux canines prédominantes, d'où finit par échapper un long bâillement grave suivit d'un léger nuage de buée. Il se leva, tanguant presque et se pencha légèrement pour ne pas heurter le plafond du haut de ses 1 mètre 86.
Dormant vêtu d'un simple fundoshi, il fut pris d'un léger frisson lorsque qu'un courant d'air glacial s'infiltra de la lucarne sans vitre de sa modeste chambre. Ses bras un peu trop long pour le reste de son corps, et étrangement musclés s'enroulèrent autour de son buste, fin comme celui d'une couleuvre. Pourtant, ses abdominaux et pectoraux développés faisaient preuves de ses travaux acharnés, aussi bien grâce au maniement du sabre que pour le reste des basses besognes qu'il exécutait humblement. Il sautilla sur place pour tenter de regagner un peu de chaleur. Ses longues jambes, imberbes et blanches presque à la limite d'un grisâtre maladif en faisaient pâlir certaines de la maison d'hôtesses voisine. Il passa ses doigts adroits dans sa chevelure de jais - parfaitement désordonnée à cause de sa nuit agitée - qui chutait sur ses épaules tombantes. Il s'avança devant un miroir brisé, et balaya la mèche de cheveux fourchue qui lui retombait devant ses yeux finement bridés. Il les frotta avec vigueur, tentant de se débarrasser des cernes qui le vieillissait légèrement, et fixa longuement son reflet. Ses yeux, d'une couleur étrange pour un japonais, étaient vert amande. Il les plissa d'avantage en essayant de discerner un quelconque nuance colorée, mais ne voyait que du gris.
Il soupira et saisit son hakama rapiécé vert foncé, que lui voyait noir, et s'habilla rapidement pour voiler ses jambes devenues frileuses. Il s’enveloppa dans son kendogi raccommodé à la hâte par endroit, soigneusement par d'autres de couleur beige - qu'il pensait gris clair - et finit par enfiler une paire de tabi souillée par le temps avant de chausser ses gettas qui menaçaient de se briser à tout moment. Il coiffa rapidement ses cheveux en un chignon qui, malgré ses efforts, laissait retomber quelques mèches éparses avant de faire volte-face de manière presque solennelle. Les yeux clos, il s'avança devant un chevet de bois branlant et ne les rouvrit que lorsqu'il n'était plus qu'à un pas de le heurter. Il saisit délicatement l'objet qui trônait dessus, intact, propre et malgré le temps paraissant étrangement neuf. Il le souleva à la hauteur de ses yeux, et ôta légèrement le fourreau travaillé avec précision pour tâter la lame de son sabre avec une infinie délicatesse. Tranchante.
Satisfait, il quitta sa chambre bancale d'un pas assuré pour recommencer une autre de ses longues journées.



Description mentale : *Conversation entre un général (Taisho) & le daimyō Tadakatsu*

- Jiro-san ? Pourquoi souhaitez-vous que je vous dise ce que j’en pense ? Vous le connaissez bien mieux que moi, Tadakatsu-sama.
- Justement. Parfois l’affection que l’on peut porter à juste titre, ou non, à l’un de ses élèves peut obstruer le jugement…
- Soit... Et bien, par quoi voulez-vous que je commence, Daimyō-sama ?
- Flattez-moi en me parlant des qualités de ce second fils qui ne porte pas mon sang.
- Hm… Il est vrai que pour un Gaijin… Sans vouloir vous manquez de respect en le nommant ainsi ! Il vous est d’une loyauté sans faille… Quel que soit votre demande, il vous obéira sans poser la moindre opposition car il connait que trop bien votre sagesse… Son bras est le vôtre ! Cependant…
- Oui ? Continuez !
- Cependant, son libre arbitre est quasi-nulle. Il pourrait laisser mourir votre armée si aucun ordre de votre part ne lui a été transmis. Cet… homme est une arme à double tranchant Maitre ! S’il vous arrivait par le plus grand malheur quoique ce soit, j’ai peur qu’il ne tombe dans la folie. La vie comme la mort semblent être des notions purement abstraite pour lui. Lors des conflits contre la Chine, je pense que vous avez été d’autant plus sage de ne pas l’avoir mené au front ! Je reste persuadé qu’il aurait que trop aimé le goût du sang …
- J’y ai déjà perdu mon unique fils légitime. Jamais je n’aurais pu me résoudre à envoyer à la mort le second, étranger ou non ! Mais n’a-t-il que sa loyauté envers moi comme qualité ?! Lors de ses entraînements quotidiens au maniement des armes, il ne semble pourtant pas plus apprécier la folie des combats et n’a jamais connus l’ivresse causée par le sang !
- Euh… non, non bien sûr Tadakatsu-sama ! Hm… Il est extrêmement consciencieux lors de ses entraînements. Sa concentration reste sans faille et jamais il ne tournera le dos à son adversaire… même s’il ne le regarde jamais dans les yeux.
- Plait-il ?
- Je pense que c’est du à son daltonisme. Parfois, il me semble qu’il ne se dirige qu’aux sons. La lumière du jour est parfois trop vive pour cet étrange animal… Mais, même si son visage est tourné vers la terre, je note régulièrement son sourire lorsqu’il abat son adversaire…
- En résumé, vous pensez que lorsqu’il brisera ses chaines envers moi, il perdrait la raison ?
- Non. Je pense qu’il est suffisamment calme et intelligent pour ne pas devenir l’un de ces sots assassins de femmes et d’enfants… Cependant, je ne peux me séparer de l’idée qu’il ne reste… Qu’un chien… Et parfois ces bêtes peuvent mordre la main de leur maître si ce dernier venait à les battre…
- Je vois… Que diriez-vous maintenant de boire un peu de saké ? Il vous reste encore à me faire votre rapport !
- Ce serait avec plaisir, Daimyō-sama…

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Histoire
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Histoire : Le crépuscule commençait à dissimuler les rayons dorées, aidé par un voile brumeux. Sous les cerisiers décadents, perdant inexorablement leurs fleurs sous une pluie de pétale rosée... blanche pour certains, une silhouette se mouvait doucement en faisant crisser les gravillons qui dessinaient soigneusement le sentier menant à la maison du maître. La démarche d'Hâti était assurée, le dos bien droit, les épaules relevées et le torse bombé. Pourtant, la tête basse, son regard restait constamment rivé sur ses pieds qui le menaient machinalement vers la demeure de celui qui l'avait dressé comme le plus strict des maîtres, celui qui l'avait élevé comme le plus altruiste des professeurs, celui qui l'avait nourri comme le plus doux des pères.
Hâti se déchaussa avant de fouler le seuil de bois ciré de l’immense demeure principale, typique des habitations de l’Ère Kamakura aujourd'hui tombé en désuétude. Silencieusement, il s'aventura dans le dédale des étroits couloirs
où, derrière des cloisons de papier de riz, des ombres se mouvaient tout aussi discrètement. Ces dernières s'étiraient, une à une, en allumant des lampions pour contrecarrer les ténèbres croissantes. Quelques minutes, qu'il trouvait toujours effroyablement longues, lui suffirent à traverser la moitié de la bâtisse, à faire le tour du cloître couvert bordant un sobre jardin et à accéder aux chambres des généraux. Devant l'une des parois, toujours plongée dans la pénombre, il s'agenouilla et attendit. Il attendait qu'une voix caverneuse dont il connaissait chacune des intonations lui ordonne de pénétrer les lieux et vienne enfin rompre le lourd silence. Cependant, rien ne vint, rien ne se fit entendre et, se surprenant lui-même à briser ce rituel quasi-quotidien, Hâti se hasarda à briser son mutisme par un murmure audible malgré sa voix presque chevrotante.


- Maitre ?... Etes-vous ?
- Entre.

Hâti resta figé. Malgré sa boule au ventre, il fit glisser doucement la cloison et s’y faufila. Dans la pénombre, il discerna presque aussi bien que de jour la silhouette de l’homme qui lui tournait le dos à l’opposé de la chambre qu’il pénétrait en gardant le silence. Il alla s’asseoir au centre des tatamis et s’agenouilla en posant son front contre le sol, les paumes à plat devant lui, et attendit. Il attendait que la voix rugueuse retentisse pour lui ordonner de changer de posture, et son attente fut de courte durée.

- Relève-toi.

Hâti s’exécuta tandis que l’homme semblable à un vieillard se relevait avec peine. Une longue et fine pipe qu’il tenait entre deux doigts recrachait un léger serpentin de fumée odorante. Une fois debout, le vieillard s’étouffa presque en rejetant une épaisse bouffée. Il marcha jusqu’en face d’Hâti et s’assit en le fixant avec insistance. Peut-être recherchait-il à croiser son regard, mais les yeux d’Hâti restèrent immobiles sur ses mains maintenant posées délicatement sur ses cuisses.

- Tu me sembles soucieux… Aurais-tu eu vent de certaines rumeurs, Hâti-kun ?
- Non, Tadakatsu-sama. Je suis seulement empathique à votre propre humeur. Et je ne peux vous répondre car je ne suis malheureusement au courant de rien qui pourrait vous causer du tort, Tadakatsu-sama.
- Voilà trois ans qu’Hideyoshi-sama est mort. Aujourd’hui, le maître Tokugawa tente de réunifier le pays et vient de sortir vainqueur du conflit qui l’a opposé aux autres daimyos… Aujourd’hui, nous nous devons de former des traités avec les autres seigneurs pour affirmer notre puissance.
- …
- Tu ne dis rien ?
- Que devrais-je ajouter ?
- N’as-tu pas connaissance du pacte que je viens d’établir avec le clan Miura ?
- Bien sûr que si, Tadakatsu-sama. Mais puisque vous l’avez réellement conclus, je ne vois pas pourquoi vous m’en parlez comme d’une… Rumeur.
- C’est exact. Ceci c’est bel et bien passé… La réelle rumeur qui… Malheureusement n’en est pas une et qui me touche, concerne la fille de ma troisième concubine, Honda Katsuyo.
- …
- Avec ce traité, j’ai offert la main de mon ainée légitime, Honda Mariko, en gage d’une alliance indéfectible entre nos deux clans... Pourtant… Pourtant…

La face du vieillard rougie tandis qu’un rictus de rage déformait sa bouche. Violemment, il jeta au loin sa pipe éteinte qui alla percer la surface fragile d’un paravent avant de se mettre à hurler.

- CE CHIEN A DÉFLORER MA CADETTE ET IL OSE PRÉTENDRE POUVOIR PRENDRE LA MAIN DE MON AÎNÉE !!! MON HONNEUR A ÉTAIT BAFOUÉ ! SOUILLÉ PAR CETTE ORDURE SANS FIERTÉ ET IL OSE !! IL OSE !!!!

Calmement, Hâti s’inclina en avant.

- Souhaitez-vous ?...
- TUE-LE !! DÉBARRASSE NOS NOBLES TERRES DE CETTE IMMONDICE !!
- Tadakatsu-sama… Calmez-vous je vous pris - Continua Hâti tout aussi doucement. - Je ne peux répondre à cette attente souhaitez uniquement par la colère qui vous …
- CHIEN !!

L’homme se releva d’une traite, comme s’il venait de récupérer toute sa jeunesse et décocha un revers brutal au visage d’Hâti. Ce dernier se laissa faire et s’écroula sur le côté. Haletant, le daimyo -après cet excès de rage – semblait retrouver son calme. Il reprit sa place tandis que le jeune homme se relevait doucement pour reprendre avec exactitude sa position avant de s’incliner de nouveau.

- Maître… Si j’accepte votre demande, le traitée auquel vous avez consacré autant de temps et d’énergie sera caduque… Je ne peux…
- Jiro-san… Si tu réalises mon vœu, je te donnerais la main de ma seconde fille.

Les yeux d’Hâti s’écarquillèrent. Toujours face contre terre, il ne savait quoi répondre face aux réactions parfaitement déraisonnées de son seigneur.

- Jiro-san… Elle est la plus belle des trois ! La plus gracieuse et la plus douce ! Elle excelle aux arts et sa voix est un délice ! Et le plus important de cette affaire, c’est que tu deviendras officiellement mon fils ! Ils te verront enfin comme celui que tu es déjà ! Mon fils ! - Il soupira longuement - Depuis la mort d’ Akihiko… Tu es le seul qui me reste ! Mes femmes ne sont bonnes qu’à me donner des pucelles !
- Tadakatsu-sama… -Murmura-t-il en se redressant.
- C’est un ordre !!
- Bien. Je ferais comme bon vous semble, Maître.
- Je savais que tu étais le seul sur qui je pouvais compter…

Hâti quitta la bâtisse étrangement vide. Probablement que son maître avait fait déserter les lieux afin qu’il puisse faire sa demande sans qu’une oreille indiscrète ne se colle contre un interstice et qu’une langue malveillante n’aille répéter quelques mots de trop. Il récupéra ses chausses et longea le sentier de gravillon en direction du village. L’assassinat qu’il devait commettre à l’encontre de l’héritier du clan Miura lui paraissait être justifié et paradoxalement illégitime. Cependant, un ordre est un ordre et il ne remettrait nullement en doute le discernement de son maître. Il repensait alors à sa " récompense ". Il était vrai qu’Honda Akimi était la plus belle des filles du Daimyo. Son peau de nacre était constamment protégée des néfastes rayons du soleil et gageait de sa noblesse. Sa conversation savante et instruite, sa compagnie silencieuse accentuée par la grâce qu’elle dégageait étaient toujours agréables. Elle se contentait d’une simple servante qui la suivait où qu’elle aille et était également une astucieuse économe. La finesse de ses traits et le galbe de ses jambes que les hommes ne se lassaient jamais d’imaginer faisaient d’elle une épouse de premier choix. Pourtant, Hâti ne la trouvait en rien intéressante. Sa beauté était trop parfaite. Ses mimiques n’étaient qu’artificielles et étaient seulement dû à son éducation de bonnes mœurs. Quelque part, elle était fausse mais malgré tout, il s’en contenterait.

Quant à la fille souillée, celle-ci avait été discréditée puis revendue comme prostituée dans la maison qu’Hâti mettrait une petite demi-heure à rejoindre. A l’aube, il quitterait sa ville pour atteindre la province de Mikawa après une journée à cheval pour exécuter son ordre le soir même.

La maison Hana - ou la maison des fleurs - se trouvait au centre de la place principale. Un perron discret où une arche couverte de quelques lierres grimpants délimitait la propriété de Maiko Sayo, l’entremetteuse. Les filles de joies y étaient soit disant les plus belles de la région, la nourriture la plus délicieuse de la contrée et le saké, qui y coulait toujours à flot, le meilleur du pays. Hâti avait l'habitude de les côtoyer et, connaissant le chemin, entra dans la cour où il fut accueillis par l'hôtesse et plusieurs de ses filles. Toutes aussi souriantes les unes que les autres, Hâti les salua rapidement et rejoignait les étages avec flegme, sans porter son regard sur les filles ou leurs nombreux clients. De loin, plusieurs de ses compagnons d'armes déjà bien entourés le saluèrent, mais ils n'eurent aucunes réponses.
Il s'avança le long d'un couloir richement décoré de calligraphie chinoise et illuminé par une multitude de lampions projetant pour lui une lumière terne et cendrée presque aveuglante. Lions et dragons s'entremêlaient lorsque les chambres étaient occupées car les cloisons étaient complètement closes. A l'inverse, celles encore disponibles étaient entre-ouvertes, coupant en deux les figurations peintes. Il se glissa dans l'intervalle qui le conduit au salon où il avait pris l'habitude de se reposer. A peine eut-il le temps de s'installer que Madame Sayo arriva, plateau en main débordant de vivres et saké. S'agenouillant, elle servit un sakazuki - soucoupe utilisée traditionnellement pour le service de l'alcool - et le tendit au jeune homme.


- Chiaki se prépare et ne devrait plus tarder, ça ne sera pas long !! - Dit-elle en en s'inclinant légèrement avec le tokkuri de saké tiède bien serré dans la paume de ses deux mains.
- Je viens à peine de m'asseoir, ne vous inquiétez pas... - Il avala cul-sec la petite tasse et la tendit à l'hôtesse. - Je ne suis pas pressé.

La bonne femme boudinée d'une petite quarantaine d'années se mit à rire aux éclats. Elle le servit et s'inclina à plusieurs reprises - le flattant d'avantage alors qu'il lui donnait plus qu'il ne le devait pour payer sa nuit - et quitta la pièce. Une fois hors de sa vue, Hâti s'avachit sur une multitude de coussins posés à même le sol et soupira. Les yeux clos, il entendait au loin rire et éclat de voix, cries de jouissance et braillements d'alcooliques qui semblaient tous être doucement recouvert par un fond de musique. Le pincement des cordes d'un shamisen accompagné d'un sifflement d'un shakuhachi - flûte - le berçaient de plus en plus alors que la porte coulissait doucement. Une cheville vêtue d'un bracelet scintillant se glissa doucement dans l’interstice, suivit d'une jambe fine où le drapé d'un kimono de soie glissait doucement sur la peau. La jeune femme pénétrait la pièce en se déhanchant élégamment au rythme de la musique douce. Les épaules dénudées, la geisha laissait retomber le haut de son kimono juste en dessous de ses omoplates, tournant le dos à l'homme presque couché au milieu de la pièce. Elle dansait en remuant de fins rubans de mousseline, et lança un bref coup d'oeil à son spectateur. Elle l'observa avec insistance, se retourna en virevoltant presque au ralentit, se pencha en se cabrant aussi agilement qu'un chat et saisit un oreiller délaissé un peu plus loin. Elle s'avançait lentement vers le jeune homme à moitié endormi avant de le chevauché en écartant doucement le pan de son kimono. Elle se blottit contre lui, faisant glisser ses formes généreuses sur son buste et lui murmura à l'oreille.

- Tu pourrais au moins... - Elle se releva brusquement avec le coussin dans les mains qu'elle cogna contre le visage d'Hâti, presque à l'étouffer. - Me regarder alors que je t'ai préparé une superbe entrée bordel !!!

Hâti la saisit par les poignets, la fit rouler sur le côté et à son tour, la chevaucha. Malgré tout, la jeune femme d'à peine une vingtaine d'année se débattait férocement. Elle donnait des coups et fit peur aux deux autres qui l'accompagnées de leurs instruments. Elles prirent la fuite en criant, les laissant seuls.

- Calme-toi... Je ne t'avais rien demandé de particulier il me semble.
- Hein ?!! INGRAT !! POURRITURE !! FILS DE ... !

Hâti venait de se pencher, faisant frôler leur visage et finit par l'embrasser, seul moyen pour que la jeune femme se calme. Aussitôt, les pieds et mains levées de cette dernière se posèrent doucement, creusant le moelleux des coussins alors qu'elle profitait de ce baiser improvisé rapidement coupé par l'irruption de sa patronne.

- Il y a un problème ?!?! Qu'est-ce qu'il se ?!!...- Elle resta un moment muette en toisant le couple qui l'observait avec curiosité. Un sourire scinda de nouveau son visage, et elle finit par s'excuser en pouffant. - Oh... Et bien... Hihi... Je vois qu'on m'a encore raconté n'importe quoi ! Les filles je vous jures elles sont !... Excusez moi !

Elle referma aussi rapidement les cloisons qu'elle ne les avait ouverte, faisant craquer le bois. Les deux jeunes gens se regardèrent et, en un instant, ils furent tous deux prit d'un fou-rire. Se calmant difficilement, la jeune fille se voyait d'avantage dénudée, laissant entrevoir sa poitrine. Hâti, bien plus calme, se redressa et fit doucement glisser le tissus, le remontant jusqu'à ses épaules.

- Alors ? C'était à quelle occasion?...
- Pff !! Baka... Tu as déjà oublié ! Ça fait juste six ans maintenant et tu as déjà oublié. Baka, baka, baka !

Hâti lui répondit seulement par un léger sourire, et s'allongea à ses côtés la tête posée dans le creux de sa nuque. Il ferma les yeux alors que la main de la jeune femme se glissait dans ses cheveux, défaisant son chignon.

- Dis, tu es au courant des dernières rumeurs? - dit-elle en se redressant.
- Tsss... Je préférerais ne plus jamais rien savoir des rumeurs... Qu'est ce qu'il se passe encore ?...
- Hein ? Il s'est passé quelque chose ?!
- Non... Rien... Que voulais-tu me dire ?
- Et bien... Tu savais que la cadette du seigneur Tadakatsu avait atterrit ici ? - dit-elle en se redressant. N'ayant pour toute réponse qu'un long soupire, elle continua. - Je t'assure ! Je l'ai croisé dans l'après-midi ! D'après le discours des filles, elle aurait fait la honte de son père... Mais elle n'aura pas fait long feu dans la maison.
- De quoi ? Comment ça ? - s'exclama Hâti en se relevant.
- Ah bah c'est beau ça ! Il faut que je te parle d'une autre fille pour gagner toute ton attention ! Tsss... Peu importe. Et oui, elle ne sera pas restée longtemps, elle a été racheté presque aussi rapidement qu'elle n'avait été vendu. Elle est partie avec une escorte en début de soirée... Il me semble d'ailleurs avoir vu le Taisho l'accompagner d'ailleurs... Pourquoi tu me regardes comme ça ?! Tu es sûr que ça va ?!
- N'en parle plus jamais ! D'accord ?! N'ébruite aucune rumeur à ce propos !
- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?... Qu'est-ce qu'il veut que tu fasses encore ?!
- Rien que tu n'aies besoin de savoir... Par contre...
- Craches le morceau bon sang !!!
- ... A mon retour, je suis censé me marier avec la seconde fille de Tadakatsu-sama.

Un lourd silence s'installa. Hâti regardait ailleurs alors que Chiaki semblait paralysée. Elle finit par se lever en réajustant son kimono, puis se réinstalla après s'être munis du saké et de deux soucoupes. Elle se servit, bu d'une traite et se resservis avant de faire de même pour Hâti.

- C'est la vie après tout... Un jour ou l'autre... Et puis, tu seras vraiment de la haute après ça ! Et puis... Tu pourrais toujours venir me voir de temps à autre, hein.... Elle... Elle te plait ?
- ...Qu'importe ? Je ne suis pas en mesure de décliner.
- ...Mais par contre, où tu pars ? Tu ne restes pas... avec moi cette nuit ?

Hâti caressa la peau halée de sa joue chaude, frôlant ses lèvres aux siennes qu'elle s'empressa de dévorer.
Ils passèrent la nuit ensemble. Au petit matin, les rayons du soleil percés difficilement les épais tissus recouvrant les fenêtres, mais finirent tout de même par réveiller le jeune homme. Doucement, il s'extirpa des bras de la prostituée, et recouvrit son corps nu d'un fin tissu. Petite, elle lui paraissait d'autant plus minuscule lorsqu'elle se recroquevilla en enlaçant un large coussin. Il aurait aimé une dernière fois passer ses doigts dans sa longue chevelure ébène qui lui descendait jusqu'aux hanches, mais de peur de la réveiller, il s'en passa. Rapidement, il s'habilla et quitta la maison sans être vu en passant par une porte dérobée.
La journée, excessivement chaude malgré de fréquentes bourrasques, passa rapidement. Il atteignit les frontières de la province au coucher de soleil, accompagné de deux mercenaires trouvés en chemin qui n'avaient pas connaissances des détails de leur mission. Ils ne souhaitaient qu'une chose, être payés en conséquence. Le château du clan Mirua se dressait en hauteur, sur une motte artificielle surplombant la vallée. En attendant que les ténèbres ne s'emparent complètement des cœurs, ils s'installèrent dans une auberge bondée de monde, là où le bruit couvrirait ce qu'ils pourraient avoir à se dire.


- Et bin gamin !! T'es pas du genre causant !
- Hm...
- D'ailleurs, c'quoi qu'on doit faire ?
- Je vous l'ais déjà expliqué. Vous devez simplement détourner l'attention sur vous... Foutre le bordel, ça devrait être dans vos cordes.
- Toi, tu veux faire la peau à un gars ! Et vu ta tronche, ça doit bien être le premier !
- ...

La lune se tenait en maître dans un ciel sans nuage. Hâti attendait que ses compagnons se décident à allumer la poudre qu'ils avaient dispersé plus tôt. Ils ne devaient plus tarder et maintenant, il se ressassait le chemin qu'il devrait emprunter pour atteindre sa cible, et se préparer à abattre ceux qui pourraient se dresser contre lui. Une première explosion retentit et servit à l'assassin de signal de départ. Avec une agilité déconcertante, que lui-même ne se serait crut capable, il grimpait les immenses murs de l'enceinte du château, courait dans le dédale des allées extérieurs et sprinta en direction des appartements privées. La diversion avait jusque là fonctionné, et il ne croisa rien qui le retarda.
Des rustres habitations de soldats, il passait maintenant devant des bâtisses de plus en plus luxueuses. Des gardes de part et d'autres déboulaient, mais ne semblaient aucunement s'inquiéter de l'intrus. Tous s'attelaient à tenter d'éteindre les flammes qui se propageaient rapidement en léchant les structures de bois. La visage voilé sous un linge, Hâti accéda rapidement aux appartements des seigneurs et ralentit son allure. A pas de loup il s'avançait dans un corridor sombre et se stoppa en attendant une voix lointaine. Tenant des propos inaudibles, la voix semblait perdre de plus en plus d'ampleur. Hâti se précipita aussi discrètement qu'il le pouvait, tenant d'identifier le son. Il s'éloignait des chambres, mais quelque chose lui soufflait dans le creux de l'oreille que le bruit qu'il tentait de suivre le mènerait à sa cible et maintenant, il foulait le sol d'une bâtisse annexe semblable à un dojo.


- Cours dans la maison de thé !!! Tu y seras !...

L'homme fit volte-face brusquement après avoir ressentis la présence d'Hâti. La personne à qui il s'adressait avait déjà disparue, mais l'assassin ne s'en préoccupa pas, sa victime se tenait devant lui. Ils dégainèrent au même instant.

- Qui êtes-vous ?! C'est à cause de vous tout ce merdier !?!

Il n'attendait aucune réponse, et si ça avait été le cas, il n'en aurait de toute façon eut aucune. Tous deux s’élancèrent d'une traite, sabre en main. Le métal s'entrechoquait en émettant un son aiguë, une fois, deux fois, trois fois. Le jeune seigneur était un bon épéiste, mais l'émotion le rendait instable. Ses mouvements étaient gauches. Hâti l'écorcha sur un bras, puis sur le torse et finit par transpercer sa cuisse alors qu'il feintait un coup grossier. L'autre, à peine plus âgée que lui, s'agenouilla au sol en hurlant de douleur. Les yeux clos où des larmes s'écrasaient sous ses paupières, sa bouche se déformait dans un étrange rictus.

- P...our... Pourquoi?!! - Bafouilla-t-il alors qu'Hâti lui tournait autour, se plaçant à ses côtés en tendant la lame vers sa nuque. Sa victime eut un hoquet en réitérant sa question.
- Vous le savez parfaitement...

Hâti brandit lentement son sabre au-dessus de sa tête, et l’abattit violemment. La coupure fut nette et en une fraction de seconde, la tête de sa victime fut séparée de son corps. Les yeux d'Hâti s'ouvraient de plus en plus en suivant le parcours du crâne, jusqu'à ce qu'il finisse par butter contre un mur. Abasourdi, l'assassin s'agenouilla fébrilement et caressa doucement, délicatement même la surface du tatami colorée par le sang. Ramenant ses doigts vers son visage, il se retrouvait maintenant haletant en discernant des nuances qu'il n'avait encore jamais pu voir. Il observa longuement la traînée carmin qu'il ne voyait pas gris, mais bel et bien rouge. Rouge carmin, presque noir lorsque la flaque se retrouvait épaisse, rouge écarlate lorsque les flammes des torches l'éclairée un peu plus, rouge grenat lorsque les tâches s'éloignaient de sa vue... Il posa doucement sa main juste à côté de la gorge tranchée où du sang dégoulinait encore en abondance et appuya. Il sourit en constatant la couleur s'éparpiller d'avantage, il sourit lorsque les infimes nuances se transformaient encore lorsque le liquide se faisait absorber par les fibres tressées des tatamis, et il continua de sourire malgré le cri perçant qui s'éleva dans son dos. Un cri de femme, des pas pressés, un corps qui tombe auprès d'un autre déjà inerte.

- Nooooon !!! Pourquoi ?! Pourquoiii ?!!!

*Mais pourquoi diable le demandent-ils tous ?* Pensa Hâti en posant son regard sur la femme éplorée, avachit sur le cadavre. Il reconnut alors la cadette de son seigneur et, malgré la situation, il ne put chasser son sourire en la jaugeant.

- Mais... Que faites-vous ic?...
- Toi ? C'est TOI ??? Aku... Akumaa ! Akuma !!! - Elle se redressa légèrement, tachée de sang et tenta de frapper Hâti au visage sans pour autant lâcher le corps qu'elle semblait chérir. Il esquiva les coups de manière absente et, détachant les yeux des vêtements de la jeune fille, il toisa sa main souillée de rouge.
- Est... Est-ce... Du bleu ? - Demanda-t-il en lui présentant sa paume, la faisant légèrement reculer.
- Po... Pourquoi ?! Mais non !! Baka ! C'est du rouge !! Du rouge !!! C'est le sang de celui que j'aimais !! Monstre ! Tu n'es qu'un monstre !!!

La jeune femme enfouissait son visage dans le drapé des vêtements du mort et se remit à pleurer, hurler et sangloter. *Du... Du rouge?... Je pensais que... Le sang des nobles était... Bleu... Pourquoi ?* Hâti reporta alors son attention sur la jeune femme, et lui demanda.

- Était-ce bien l'héritier du clan Miura? - Elle se redressa en reniflant bruyamment, puis répondit d'un vif hochement de tête. Après quelques secondes de réflexion, Hâti continua.
- L'aimais-tu?...
- Ouii !!!
- Il te manque ?...
- Mais o...!

Hâti l'éventra avant qu'elle ne puisse terminer. Elle émit un léger gloussement avant de tomber lourdement sur son compagnon, et expira une dernière fois. Doucement, il extirpait sa lame alors que son sourire s'étirait d'avantage en ne voyant plus que la couleur rouge. Légèrement déçu de ne pas avoir pu admirer du bleu, il se délectait tout de même de ce nouveau pigment. Ce rouge vif, brillant sur sa lame qui jurait harmonieusement dans le décor qu'il percevait de terne nuance de gris. Un rouge si beau qu'il en devenait appétissant... Et sans qu'il ne s'en rende réellement compte, il amena sa lame jusqu'à sa langue et lapa le liquide déjà froid. Il frémit. Le goût était particuliers, entre acide et sucré, métallique même qui lui donna la nausée mais qui restait pourtant si attrayant. Il en redemandait presque mais fut interrompu par un bruit sourd. A la hâte, il se redressa et alla récupérer la tête de l'homme gisant un peu plus loin. Il lui ferma les yeux devenus livides, l'enveloppa dans un drap et déguerpit.
Il passa le reste de sa nuit dans les bois bordant la ville à admirer son sabre si étrangement teinté. La lueur blafarde de la lune sur le reflet de sa lame lui permit d'admirer sous un nouvel aspect ce si beau colorie. Mais malgré ce sentiment juvénile qui le galvanisait, il finit par s'endormir.
A son réveil, alors que le soleil se trouvait à son zénith, Hâti fut frustré lorsqu'il se rendit compte qu'il ne discernait déjà plus le rouge et se retrouvait de nouveau à contempler des tâches grisâtres. Le sang avait totalement coagulé. Il se lava dans un petit cours d'eau traversant les bois et regagna le village pour y trouver une nouvelle monture. Il mit une bonne heure à négocier auprès d'un marchand mal dégrossi, et hésita à partir. Finalement son excitation finit par le convaincre. A bonne allure, il serait aux frontières de la province de son seigneur à l'aube.
Durant le trajet il repensait aux événements de sa nuit en annihilant complètement les conséquences de l'acte en lui-même. Il avait réussis avec succès la mission qui lui avait été imposé. L'honneur de son maître était lavé, les deux coupables punis. Rien de plus juste en soit.
Suivant l’enchaînement désordonné de ses pensées, le visage de Chiaki lui vint. Il l'imaginait alors vêtu de rouge. Il pensait que le contraste de l'écarlate avec ses cheveux de jais ne la rendrait que plus majestueuse. L'idée qu'elle en portait déjà surement, du rouge, ne lui traversa même pas l'esprit. Plongé dans ce qui s'approchait de plus en plus à un fantasme, il n'entendit pas le claquement de sabot au galop derrière lui, ni le sifflement perçant d'une flèche tirée avec précision. Elle atteignit avec succès sa cible en se plantant violemment dans l'épaule d'Hâti. Il perdit l'équilibre alors que la morsure de la flèche dispersait, à l'image d'un venin foudroyant, une vive douleur qui lui brûlait l'omoplate. Il chuta pesamment puis roula sur plusieurs mètres avant que sa vitesse ne décroisse tandis que sa monture continuait sa course au grand galop. Rapidement il fut entouré par plusieurs cavaliers. L'un d'eux quitta son cheval, courut presque pour rejoindre Hâti toujours à terre et le frappa violemment. Il s'y reprit plusieurs fois, troublant de plus en plus la vision du jeune homme qui tentait tant bien que mal de se relever, et finit par l'assommer.

Les tempes d'Hâti semblaient battre à la place de son cœur. Il sentait un premier fil de liquide chaud dégouliner le long de sa joue et un second plus épais le long de sa nuque. Sa respiration était laborieuse, ses bras et son torse le brûlaient, irrités par des cordes solidement nouées. Difficilement, il tenta de relever son crâne alors que des voix résonnaient fortement dans sa tête.


- C'est bien lui ?
- Oui. C'est lui que ce vieux fou de Tadakatsu a envoyé selon les ordres de Miura-sama.
- Donc tout à fonctionné !! Demain, nous pourrons déclarer la guerre à son clan ! Le shogun ne pourra pas nous en tenir rigueur puisque c'est lui qui a envoyé ce chien pour assassiner le fils du maître.
- Hein ?... Ta... Taishō-sama ? - Hâti ouvrit lentement ses paupières, toisant les deux hommes qui se tenait devant lui, apercevant que brièvement la dizaine d'autre qui plantaient tout autour.
- Tiens ! Il émerge enfin !

L'homme se rapprocha puis le frappa sans ménagement aucun dans les côtes. Crachant son sang, Hâti se recroquevilla complètement en tentant de retrouver son souffle. Il observait haletant le liquide qu'il trouvait pâle, se rapprochant presque du rose et finit par lever les yeux. Pour la première fois, il croisait le regard de l'un de ses supérieurs et le soutint. Le Taishō - général - s'accroupit à ses côtés, le saisit par les cheveux et commençait à le jauger.

- Tu ne me montres aucuns respects en me regardant droit dans les yeux Jiro-kun... Hm... C'est tellement dommage qu'il t'ait envoyé toi, mais tellement prévisible.
- De... De quoi vous parlez ?...
- Que dis-tu ?! Tu n'as toujours pas saisi !?. - Il lâcha sa tignasse en le poussant vers l'arrière, lui faisant perdre l'équilibre - Je te pensais plus vif d'esprit...
- Pourquoi n'êtes-vous pas auprès de ...
- Du daimyo ? Mais je n'ai qu'une dizaine de minute de marche à faire pour le rejoindre ! De plus, à cette heure il dort comme un enfant !
- Qu'est-ce que...
- Ne perdez pas votre temps à lui expliquer nos affaires ! Tuez le rapidement et nous le ferons passer pour un fuyard. Demain à midi, le maître Miura apprendra la réussite de notre mission avec la mort de son fils et dans quelques mois, vous serez le digne successeur de votre daimyo décadent. Sur ce...

L'inconnu portant une armure de haut rang salua brièvement son interlocuteur, claqua des doigts et quitta la bicoque suivit de deux hommes aux armoiries du clan Miura. Les autres gardes restèrent statiques tandis que le taishô soupira bruyamment en observant le vide, puis finit par fixer Hâti avec une expression presque plaintive.

- J'aurais tellement aimé qu'il en choisisse un autre... Si tu avais été aussi fidèle à moi qu'envers ce vieillard, tu aurais pu aller très loin. Mais pour que tu ne meurs pas en idiot, je vais te faire un bref résumé... Il se releva et dégaina le katana qu'il ne quittait jamais. - Les messagers de nos jours, ce n'est plus ce que c'était ! Tadakatsu souhaitait marier l’aînée, mais pour le chef du clan Miura, c'était bien la cadette qui avait été promise à son fils dans le traité qu'il a modifié avec soin... Que c'est facile de créer un conflit pour des raisons aussi... Futiles ! Ton daimyo n'est qu'un sot qui n'a même pas chercher à s'entretenir avec sa propre fille pour démêler le vrai du faux ! Et bêtement, pour une fierté et un honneur qu'il a depuis longtemps perdu, il t'a envoyé à la mort... Ses humeurs colériques sont si faciles à manipuler ! Comment n'aurais-je pas pu sauter sur l'occasion ? Tu n'aurais pas été tenté toi, fidèle Inu ? Et ce n'est pas la peine de me dévisager ainsi voyons !
- Teme !!..
- Mais lâchez moi !!!
- Chiaki ?!
- Mais qu'est-ce que c'est qu'ce bordel ?!

La vieille porte de bois fendu s'ouvrit en fracas, laissant ainsi entrer les deux hommes qui étaient partis quelques minutes plus tôt en accompagnant l'inconnu. Maintenu fermement entre eux se trouvait Chiaki, bouillonnante de rage. Ses cheveux en bataille gageait d'une violente dispute, ainsi qu'un large hématome - tâche noirâtre pour Hâti - sur sa joue.

- Elle fouinait un peu plus loin. Elle semblait chercher où se trouvait la planque et à fuit à notre vue. Elle semble fortement suspecte ! - s'écria l'un des deux hommes.
- Garce ! Que viens-tu faire ici ?!

Chiaki lui cracha au visage alors qu'Hâti tentait de se relever malgré ses liens. Les gardes qui jusqu'alors étaient restés immobiles se ruèrent sur lui et le plaqua face contre terre. Hâti ne put retenir un grognement de rage alors que son ancien général gifla de toutes ses forces la jeune femme. Trop fière et ce malgré la douleur qui lui brûlait la peau, Chiaki soutenait le regard de son assaillant et s'écria en se débattant du mieux qu'elle le pouvait.

- Enfoiré t'avais qu'à t'montrer plus discret !!! Les complots débiles ne sont pas à monter dans des maisons où l'on entend tout malgré soi !! Et ça t'apprendra à picoler en plein après-midi gros porc !!! Relâchez-le tout d'suite !!!!

Dans l'agitation elle réussit à frapper le général dans le tibia, lui faisait cracher un hoquet mêlant surprise et une vive douleur. D'un geste vif, il la saisit par les cheveux et l'arracha de l'étreinte des deux autres. Il la plaqua contre lui, son visage striait par quelques larmes tourné vers Hâti. Ils n'eurent le temps de rien se dire que la gorge de Chiaki fut tranchée par le katana qui n'avait pas quitté la main de son propriétaire. Ce dernier la laissa tomber et recula d'un pas en ordonnant aux gardes d'un simple mouvement de tête de relâcher leur proie. Ils s'exécutèrent alors qu'Hâti rampait déjà jusqu'à Chiaki qui se vidait peu à peu de son sang. Elle lui murmura quelque chose qu'il n'arriva pas à comprendre et, se retournant pour observer le ciel étoilé à travers un trou béant dans la toiture, elle expira. Le sang qui ruisselait de plus en plus lentement de sa gorge lui créait un collier de rubis. Un tour de cou qui recouvrait sa peau de plus en plus froide et qui engluait quelques mèches de ses cheveux.

- Quelle futilité propre à la jeunesse qu'est le sentiment amoureux...

Il fit glissa la lame de son katana sur la nuque d'Hâti, lui coupant légèrement la peau. Il la leva au-dessus de sa tête et était sur le point de l'abattre. Cependant, il resta figé à cause de la réaction plus qu'étrange de celui qu'il était sur le point de décapitée. Hâti riait. Son rire montait crescendo alors que les secondes s'écoulaient lentement. Puis, sa voix résonna et fut suivit de son propre écho alors que sa tête se retournait lentement vers celui qui aurait dû être son bourreau.

- Je le savais ! Le rouge lui sied à merveille !!

Spoiler:
 

Votre arrivée a Yokai Gakkou : Hâti se réveilla bien plus tard. Le dernier souvenir qu'il conserva était l'expression abasourdie - bête même - du général. Le reste semblait profondément enterré dans les affres de sa mémoire.
Malgré son réveil, il était resté allongé plusieurs heures. Son corps lui paraissait avoir était broyé. Par endroit, il avait même l'impression qu'on l'avait transpercé de plusieurs coups de lame, mais aucune cicatrice n'en prouvait la véracité. Lorsqu'il retrouva les pleines capacités de ses membres, il se rendit compte qu'il était perdu dans une forêt à plusieurs bornes de la province du clan Tadakatsu. Il dut marcher plusieurs jours avant de regagner le lieu de "l'incident", et de retrouver son "chez lui". Lorsqu'il y arriva, la vieille bâtisse déjà en ruine avait été complètement détruite et les corps évacués. En ville, sa tête avait été mise à prix pour l'assassinat de l'héritier Miura, la fille de son ancien maître et de son général.
L'histoire avait été de nouveau manipulée. La version officielle le faisait alors passer pour un valet qui, souhaitant depuis des années épouser la cadette de son maître, devint fou de rage en apprenant l'alliance de sa dulcinée à un autre. Le général lui, avait obtenu le rôle du sauveur malheureusement trop faible pour arrêter ce prodige en sabre... Même si son corps déchiqueté rendait étrange l'explication d'un duel à mort. Et Chiaki fut oublié de tous. Après tout, ce n'était qu'une catin et cette version permit d'éviter au deux clans de verser d'avantage de sang...
Hâti se faufila dans la demeure de son ancien daimyo à l'instar d'un vulgaire voleur. Une seule chose l'empêchait de partir, et il savait pertinemment qu'une seule personne pourrait être en possession de son bien. Aussi silencieusement qu'il l'aurait fait auparavant, Hâti fit coulisser les cloisons de la chambre de son maître et sans plus de manière, il s'avança au centre de la pièce en se tenant droit.


- Tôt ou tard, je savais que tu reviendrais le chercher...
- ...

Le vieillard s'inclinait alors devant celui qu'il avait toujours considéré comme son second fils et lui présenta, paume ouverte, le sabre qu'il était venu rechercher. Hâti le saisit et recula de quelques pas en jaugeant de toute sa hauteur le vieillard assis en tailleur, la tête basse.

- ... Me pardonneras-tu ?...
- ...
- ... Souhaites-tu me tuer ?...
- ... Non.
- ... Je le mérite tant...
- ... Non. Je ne vous tuerais pas, Maître. Je ne vous tuerais pas car je sais déjà que votre sang est noir.

Cette conversation fut la dernière qu'il ait pu entretenir avec celui qu'il avait toujours considéré comme son père. Son sabre en main, Hâti traversa les contrées du Japon. Il vécut de divers travaux allant des tâches agricoles, de maçonnerie ou encore de l'assassinat. Cette dernière activité lui était d'ailleurs plus profitable car bien mieux payé.
Durant quatre longues années, il s'évertua à traquer pour son propre compte chaque membre du clan des Miura, et tous furent décapités comme le code d'honneur l'exigeait. Il ne pensait pas le faire uniquement pour le simple fait de se venger. Il le faisait car c'était ce qui lui semblait juste, et si ses actes pouvaient être assimilés à une vengeance, c'était alors pour le souvenir de Chiaki. Ils ne l'avaient pas seulement tuée. Ils ne s'étaient pas contentés de jeter son corps dans une fosse commune en rendant sa dépouille anonyme parmi tant d'autres. Ils avaient annihilé son existence ainsi que sa mémoire en la supprimant de l'histoire. Pour tous, sauf un, elle n'avait alors jamais vécu.
Il termina l'extermination par l'inconnu en armure qu'il décapita sur une plage. La mer qu'il aurait aimé voir bleu ne se teintait que de blanc. Un blanc mousseux qui lava rapidement le rouge du sang en emportant le cadavre au large.
Le soir même, il travaillait au profit d'un vieil homme d'un petit village portuaire environnant. Ce dernier lui demandait de prendre la mer sur une barque minuscule pour gagner une île voisine où il devrait y retrouver sa fille. Il n'avait plus aucune nouvelle et elle lui devait une somme coquette d'argent. Ce détail poussa le vieillard à faire devenir sa requête dans les plus urgentes, et embarqua malgré la nuit tombante en compagnie du jeune homme. Malgré les habitudes du vieil homme en navigation, ils finirent par s'échouer après avoir pénétrés un épais brouillard où une courte tempête d'une extrême violence éclata. Lorsqu'Hâti se réveilla, il se retrouvait allongé sur une plage de sable fin, seul. Pendant quelques heures, il longea les côtes à la recherche de son employeur, et voyant que sa marche ne le mènerait à rien, il s'aventura à l'intérieur des terres sans avoir conscience qu'il s'agissait de l'île que beaucoup avaient surnommé "Ryu no shima".



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Derrière le PC
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Prénom *Un ange passe*

Âge *Une tripotée d'ange passe tandis qu'une voix criarde se fait entendre en bruit de fond* Ca s'demande pas non mey'ho!

Comment avez-vous connu le forum ? Partenariat ! ~

Double compte ? Oui [_] Non [X]

Combien de temps peux tu consacrer au Forum ? [? /10] Euh... Très bonne question aho

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Holo Hirasawa
Mugibatake no Tannin


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MessageSujet: Re: Hâti Jiro, Ronin fils d'Inugami. (Terminée, bon courage à ceux qui la liront!)    Jeu 13 Juin - 18:50

beau travail! Présentation validée.

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La lune est magnifique ce soir... Tu n'aurais pas quelque chose à boire ?
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Hâti Jiro, Ronin fils d'Inugami. (Terminée, bon courage à ceux qui la liront!)
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